Viêt Nam
Le Viêt Nam à grands traits

Partie intégrante de l’Asie du Sud-Est, le Viêt Nam est un pays tout en longueur : alors qu’il s’étend du nord au sud sur 1650 km (entre les latitudes 8°30 et 23°30 N), il ne dépasse pas 50 km dans sa partie la plus étroite (la province de Quang-Binh). Le pays, en forme de S, est souvent comparé à un fléau (le centre Viêt Nam) portant un panier de riz à chacune de ses extrémités, à savoir les deltas du Mékong et du Fleuve Rouge. Comme sa superficie n’est que 330 900 km2 pour une population de 80 millions d’habitants, sa densité (240 h/km2) est cinq fois supérieure à la moyenne mondiale (44 h/km2). Et comme le pays est essentiellement montagneux, la superficie consacrée aux plantes alimentaires n’atteint pas 89 000 km2 : moins de 1000 m2 par habitant.

Selon les statistiques officielles, le pays est peuplé de 54 ethnies. De loin majoritaires, les Viêt ou Kinh représentent 85% de la population. Viennent ensuite par ordre décroissant les Tay (1 300 000), les Thai (1 100 000), les Muong (950 000), les Hoa ou Chinois (900 000), les Khmers (900 000), les Nung (750 000), les Hmong (570 000), les Yao (500 000)... Une quinzaine d’autres ethnies comptent moins de 5000 personnes (Lahu, Khang, Lu, Lolo…) voire quelques centaines (Sila, Pupeo, Brâu…).

Avant la colonisation française, les Viêt occupaient essentiellement les basses terres (deltas et plaines côtières) alors que les minorités ethniques (à l’exception des Khmers, des Chinois et des Chams) étaient disséminées dans les montagnes et sur les plateaux couverts de forêts. C’est seulement au cours des dernières décennies que les Viêt sont montés en masse dans les hautes régions (notamment les plateaux du centre Viêt Nam). Combinée avec cette émigration massive, la politique d’unité nationale renforcée par la longue guerre d’Indochine s’est faite souvent au détriment de la diversité de ses composantes.

De par sa grande diversité ethnique et sa situation géographique, toutes les familles de langues de l’Asie du Sud-Est sont représentées au Viêt Nam :

  • - La famille austro-asiatique, comprenant le groupe Viet-Muong
    (le viêt, le muong, le sach, l’arem, etc.), avec le khmer, le mang, le khmou, le katou, le bahnar, le sédang, le mnong…
  • - la famille austronésienne, avec le cham (les Chams sont les descendants de l’ancien royaume du Champa), le jörai, le rhadé, le churu, le röglai…
  • - la famille “kadai”, avec le tây, le nung, le thái, le lati, le laha, le kelao et le laqua…
  • - la famille miao-yao, avec le hmong et le yao…
  • - la famille sino-tibétaine, avec le hoa (chinois) et diverses langues tibéto-birmanes (lolo, hani, etc.).

Bien que majoritairement bouddhique, le Viêt Nam compte une communauté catholique forte de plusieurs millions de fidèles. D’autres religions et croyances y sont aussi présentes : culte des ancêtres, taoïsme (essentiellement sous la forme de cultes de possession), islam (pratiqué notamment par les Chams), protestantisme, caodaïsme, hoa hao… (ces deux dernières religions étant des créations vietnamiennes de la première moitié du xxe siècle).

Les mesures prises à partir du VIe congrès du Parti Communiste vietnamien (PCV) en décembre 1986 ont fait évoluer progressivement l’économie socialiste planifiée vers une économie de marché, ouvrant en même temps le pays au monde extérieur. Parallèlement, une action macroéconomique vigoureuse a permis de stabiliser la monnaie, de juguler l’inflation et de contenir le déficit public dans des limites acceptables.

Grâce à cette politique, le pays a connu une croissance soutenue, sans déséquilibre de grande ampleur : 8,4 % de moyenne annuelle de 1990 à 1998. Mais avec un PIB d’environ 400 US$ le Viêt Nam compte encore parmi les pays pauvres de la planète. Sa croissance est largement inégalitaire non seulement si l’on regarde les couches socio-professionnelles mais aussi les villes par rapport au monde rural (80% de la population). Alors que le PIB par habitant de Hô-Chi-Minh-ville (Saigon) est de 1460 US$, celui de la province montagneuse de Bac-Can dépasse à peine 100 US$, soit 15 fois moins ! Mais, globalement, le niveau et les conditions de vie de la population se sont nettement améliorées depuis une dizaine d’années. Il en résulte que l’espérance de vie de ses habitants est comparable à celle de la Thaïlande voisine (69 ans). D’autre part, du fait de sa longue tradition lettrée, le taux d’alphabétisation du pays s’élève à 95%, et cela en dépit de la faiblesse du budget public consacré à l’éducation nationale (3% du PIB).

Devenu le septième pays membre l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (ASEAN)) en 1995, le Viêt Nam poursuit depuis une stratégie d’intégration régionale et d’ouverture internationale. Les échanges avec les pays occidentaux se sont intensifiés à partir du retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge en 1989 et de la levée de l’embargo américain en 1994. Le tourisme s’est également considérablement développé. Grâce à ses beaux paysages (baie d’Ha-Long, villages anciens, régions montagneuses peuplées de minorités ethniques aux coutumes et costumes traditionnels) et à son patrimoine culinaire et surtout architectural (maisons communales, pagodes, villes anciennes comme Hanoï, Huê et Hôi-An ; tours et sanctuaires chams) le Viêt Nam a attiré pour les huit premiers mois de 2002 près d’un millions huit cent mille touristes étrangers en dépit de l’insuffisance de ses infrastructures, en particulier routières et hôtelières.

Actuellement, le pays est divisé en cinquante-sept provinces plus quatre grandes villes “dépendant directement du gouvernement central” (Hanoï, Hô-Chi-Minh-ville ou Saigon, Hai-Phong et Da-Nang). Pays à parti unique, le Viêt Nam est aujourd’hui collégialement dirigé par Nông Duc Manh (Secrétaire général du Parti Communiste vietnamien), Trân Duc Luong (Président) et Phan Van Khai (Premier Ministre).


par Nguyen Tung
(LASEMA-CNRS)