Thaïlande
Pays moderne accordant de la place à ses riches traditions culturelles, le royaume de Thaïlande ou Muang Thai, l’ancien et glorieux Siam, est aussi l’un des rares de la zone tropicale humide à avoir pratiquement réussi son développement économique : son taux moyen d’alphabétisation est de 95,3% en 2002, pour une espérance de vie de 69 ans et un PIB par habitant de 1821,1 US$. Pour cette raison la Thaïlande suit de près le sillage des pays les plus riches et les plus puissants de la planète.

Cet Etat bouddhique et démocratique est doté d’une monarchie constitutionnelle où le Premier Ministre, M. Taksin Shinawatra, exerce le pouvoir exécutif. Le roi, S.M. Bhumiphol, n’exerce lui qu’un rôle de représentation et d’arbitrage, mais il en use avec discernement et doigté, très respecté de son peuple.

La Thaïlande se caractérise depuis toujours, en une certaine façon, par la finesse et l’intelligence politiques de ses dirigeants (en cela autant que son voisin et proche parent le Laos), la grande et réelle tolérance tous azimuts de sa société civile, son respect de la personne et de la condition féminine, des cultes religieux et des croyances diverses, son goût du plaisir et du jeu, des belles choses et des beaux êtres, sa sensualité imprégnée de pudeur, son labeur constant, dynamique et énergique, son sens collectif, son respect de l’autorité et son goût heureux pour l’emprunt, la copie et la reproduction qui confine d’ailleurs au génie.

D’une superficie de 513 115 km2 dont 84% en sa partie centrale et 16% en sa partie méridionale, à peu près égale à celle de la France, et d’une population de plus de 63 millions d’habitants, la Thaïlande se situe en pleine zone de moussons, au milieu de la péninsule indochinoise, entre les latitudes 5°40’ et 20°30’N et les longitudes 97°20’ et 105°45’E, et elle est baignée d’un côté par la mer de Chine méridionale (côté Océan Pacifique) et de l’autre par la mer des Andaman (côté Océan Indien). Elle affecte vaguement la forme d’une tête d’éléphant dont la trompe serait sa partie péninsulaire : la région Sud. Sa longueur totale, du Nord au Sud, est de 1620 km pour 780 km dans sa partie la plus large. Sa partie la plus étroite, dans l’Isthme de Kra, à hauteur de la Birmanie, sa voisine occidentale, ne compte que 10,6 km.

La Thaïlande est découpée en six régions géographiques : montagnes du Nord, plaine centrale, montagnes occidentales, côte orientale du golfe de Thaïlande, plateau de Khorat, Sud péninsulaire ; en quatre régions administratives : Phak Klang (Centre : Bangkok), Phak Nua (Nord : Chiang Mai), Phak Isan (Nord-Est : Khon Khaen), Phak Tai (Sud : Songkhla) ; et en 76 provinces.

Ses richesses naturelles et ses réussites économiques sont nombreuses : premier exportateur de riz au monde, premier producteur mondial de caoutchouc naturel, premier producteur mondial de conserves de thon, tourisme, bois précieux, étain, gaz naturel, tungstène, manganèse, textiles et soieries, etc.

Sa capitale, connue sous le nom de Bangkok en langues occidentales, est nommée Khrungthep Mahanakhon Rattanakosin Mahintharayutthaya Mahadilok Phop Nopharat Ratchathani Buriram Udom Ratchaniwet Mahasathan Amon Phiman Owathan Sathit Sakkathathiya Witsanu Kanprasit par les habitants de Thaïlande, raccourci en “Khrungthep Mahanakhon”…. C’est une véritable mégalopolis, hyper polluée, qui concentre à elle seule plus de 10% de la population totale. Elle est digne des meilleurs films de science fiction, toute hérissée de gratte-ciel de verre et acier bleuté, dont certains en forme de robot, et sillonnée par les longs rubans et les vagues de son océanique complexe autoroutier et de son nouveau métro aérien. Pourtant il s’y vend plus que jamais de délicieuses et antiques soupes chinoises à toute heure et l’on y entend toujours l’aigre sanglot du khène, l’orgue à bouche des Isan qui fait monter les larmes aux yeux…

Multiculturelle et pluriethnique, la population de Thaïlande compte une majorité de bouddhistes parlant thaï divisés en nombreux sous-groupes : tout d’abord les Thaï ou Siamois (incluant les anciens habitants môns, lao, khmers et malais “siamisés” au long de l’expansion siamoise), les Lao ou Thai-Isan, les Lü, les Tai, les Shan, les Thai Khorat, etc. Ensuite, il s’y trouve une importante minorité d’origine chinoise (entre 8 et 13% de sa population totale), sur le plan du nombre mais aussi sur ceux de l’économie et du politique. La seconde minorité nationale est celle des musulmans (presque 4% de sa population, soit plus de deux millions d’individus dont plus de 200 000 dans la seule cité de Bangkok) issus d’origines diverses (Jawi, Cham, Malais, Pakistanais, Thaïs convertis, etc.). Puis viennent les nombreux groupes ethniques du royaume, de langue austroasiatique (comme les Khmers, les Yuan ou Viêts, les Môns, les Khmu, les Jakun, les Lawa, les Esprits des feuilles jaunes…), de langue miao-yao (comme les Hmong, les Mien), de langue tibéto-birmane (comme les Birmans, les Lisu, les Akha), de langue karénique (les Karen), de langue sino-tibétaine (comme les Ho), de langue austronésienne (comme les Jawi et Malais, les Chams, les Moken, les Moklen, les Samsam…). La liste est loin d’être exhaustive.

Accueillante aux réfugiés politiques, attentive à améliorer le bien-être de sa population, depuis peu la Thaïlande prodigue également de louables efforts à la préservation de ses faune et flore et de l’environnement mondial.

Si des progrès et des efforts restent attendus en bien des domaines, au même titre d’ailleurs que dans nos pays occidentaux, si de vrais dangers menacent toujours sa population, et ses visiteurs émerveillés, comme certaines drogues encore trop aisées à s’y procurer, il est bon - et il est honnête - de rappeler qu’une chose au moins est immuable en ce pays hospitalier et ravissant : il y fait bon vivre.


Pierre Le Roux
ethnologue